Pourquoi ce blog ?

La fin du XXe siècle – qu’on peut sans doute dater symboliquement du 11 septembre 2001 – a vu apparaître les derniers symptômes d’une crise de la modernité issue de la raison instrumentale et se prolongeant jusqu’au cœur du système financier mondial. Ce constat a suscité la critique des excès d’autonomie et d’émancipation ou à l’inverse la réduction excessive à un sens transcendant porté par la seule religion. Le recul critique a pris la forme d’une pensée postmoderne qui vise à résister aux dérives totalitaires de la raison, mais aussi est apparu sous la forme de la « pensée forte » qui proclame le besoin d’un retour au fondement et à l’hétéronomie (ou, sous des formes plus critiques, la théonomie, la transcendance, etc.) pour sortir de l’impasse actuelle.

Parmi les enjeux principaux de la critique de la modernité, il faudrait en souligner deux en particulier, à cause de leur lien direct avec
la théologie et leurs implications dans le débat propre aux sociétés démocratiques occidentales, à savoir : l’enjeu épistémologique de la reconnaissance possible de la vérité et l’enjeu éthique d’une autonomie propre aux sujets modernes et leur responsabilité dans la construction de la société globale.

La Radical Orthodoxy, qu’on peut se risquer à interpréter comme une des formes de « pensée dure » à l’œuvre dans ces retours de l’orthodoxie, a articulé une critique de la modernité, tandis que la philosophie postmoderne en représente une autre, mettant l’accent, de son côté, sur le dépassement de l’ontothéologie et la métaphysique de la substance. Le but du 3e cycle 2009 sera de traiter les problématiques issues des retours de l’orthodoxie dans le contexte de la modernité tardive. L’intérêt de le faire en commun, sous le double regard de la théologie systématique et de l’éthique théologique (ou théologie morale) est de mieux tenir compte des formes à la fois théoriques et pratiques de ces retours de l’orthodoxie et de ses conséquences
culturelles, sociales et politiques. Il y va aussi d’un possible rapport critique et constructif à la vérité et à la liberté en contexte moderne.

Ce blog vise à donner une continuité à la réflexion menée dans le cadre des séances de travail nécessairement ponctuelles. Il se veut un lieu de dialogue autour de ces séances et dans leur prolongement. Il est directement à la formation des doctorants, qui pourront y déposer des commentaires et des articles en lien avec les problématiques abordées lors des différentes sessions. Vous y trouverez également des informations pratiques, des bibliographies, ainsi que des notes, vos notes, prises lors des interventions dans les colloques.


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Une réponse

12 02 2009
Junior Kitoka Moke Mutondo

La journée de troisième cycle organisée le 12 décembre 2008 à Genève sur l’ouvrage de Nygren au sujet de l’Agapè était riche en présentation et échanges.

Cependant, deux fossés ont été constatés dans la conception Nygrenienne de l’agapè qui valent la peine d’être comblés. Ces deux fossés sont respectivement d’ordre théologique et anthropologique.
- La question de la gratuité de l’amour de Dieu, d’un Dieu qui aime sans
attendre en retour,
- La question de la possibilité pour l’homme d’aimer comme Dieu, sans
intérêt, sans attendre quelque chose en retour.

Par rapport au premier fossé, l’observation à adresser à Nygren c’est d’avoir abordé la question de l’amour de Dieu dans un seul regard, moral, même pas éthique, et ignorer l’économie du salut en théologie systématique. Si Dieu aime l’homme gratuitement, ce n’est pas dans le sens de ne rien attendre en retour : Il attend de l’homme la foi.
Cette conception de la gratuité de l’amour de Dieu est à comprendre dans le combat de la place des œuvres et de la foi dans le processus du salut, surtout dans l’économie de la grâce si l’on s’en tient à l’approche dispensationaliste en théologie systématique.

Le danger que présente cette théorie nygrénienne de la gratuité de l’amour de Dieu est de consolider l’indifférence de l’homme vis-à-vis de la foi en Jésus ou en Dieu sous prétexte que Dieu l’aime gratuitement et par conséquent il peut demeurer indifférent à l’œuvre de la croix.
Si Dieu nous aime sans rien nous demander au préalable, le but de son amour c’est de nous amener au salut.
Autrement dire, Dieu attend de nous la foi et l’adoration. Si l’incarnation de Dieu en Jésus Christ a pour but de sauver l’humanité, la Bible reste cependant claire sur le fait que Dieu attend de l’homme l’adhésion par foi, faute de quoi, les incrédules seront punis de Dieu à la parousie (Jean 3 :16).

Par rapport à la question anthropologique, l’erreur de Nygren est de faire taire la sensibilité humaine. L’homme a des sentiments qui interviennent toujours dans son action. Je serais tenté de parler d’un utilitarisme humain qui se souci toujours de la question de forme de Quoi ou qui aimer et pourquoi l’aimer. Loin d’être diabolisé, cet utilitarisme humain trouve son soubassement dans sa nature : constitué du leb ou lebab, lieu de sentiment et des besoins humains, ce serait ignorer sa nature que de demander à l’homme d’aimer comme Dieu. Dans ce cas, il ne serait plus homme et Dieu cesserait d’être Dieu.

Pour combler les deux fossés, nous pensons qu’il faut chercher la jonction en l’éthique de responsabilité dans la perspective bonhoefferrienne qui parle de la Substitution . L’homme ne peut être capable d’aimer sans intérêt que lorsqu’il se sent responsable et se substitut à l’autre (qu’il s’agisse de la personne humaine ou d’autres créature.

Dans l’un de nos articles en l’éthique du désordre sur «le rôle du désordre dans l’attachement de Dieu à la création», nous avions montré que si Dieu se souci encore de la création aujourd’hui, c’est parce qu’Il se sent responsable de vis-à-vis d’elle et d’elle. La révolte de l’homme, sa désobéissance et son chaos ont toujours interpellé Dieu qui intervient dans la situation de la création sans que celle-ci ne fasse recours à lui. Cette pensée est partagée par Jean Paul Gabus dans l’Amour fou de Dieu pour sa création. Croire en un Dieu créateur, et libérateur.

C’est seulement lorsque l’homme se sentira responsable de soi et de l’autre qu’il sera capable d’aimer comme Dieu dont l’amour agit avant la réponse positive de l’aimé à son amour.

Junior Kitoka Moke Mutondo
Doctorant en éthique politique et chercheur à l’UNIL.

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